Vagues de chaleur : pourquoi tant de frilosité ? 

Résumé pour les plus pressé·es

Il est indispensable de mieux nous organiser collectivement pour faire face aux vagues de chaleur. Nous sommes convaincu·es qu’il est possible de mieux concilier la continuité du service public et la préservation de notre santé.

Cette fin du mois de mai a été particulièrement chaude en Nouvelle-Aquitaine et beaucoup d’entre nous en ont souffert pendant leurs journées de travail. Nous avons déjà connu cela en mai 2025, nous y avions consacré une déclaration préalable lors du Comité social territorial de juin (à lire ici).

Nous proposons ci-dessous des mesures communes au bénéfice de l’ensemble des collègues, mais aussi d’autres qui sont spécifiques pour les collègues des lycées et CREPS d’une part, et des sièges, antennes et équipes mutualisées d’autre part. Bien sûr, nos métiers sont très différents et la sédentarité comme l’aspect télétravaillable de la plupart des missions des collègues des sièges, antennes et équipes mutualisées rendent la prévention plus simple.

Pour autant, il ne nous semble pas pertinent d’aborder cette question sous l’angle de l’égalité comme cela a été le cas lors du comité social territorial du 28 mai, et ce pour trois raisons principales :

  • Les comparaisons portent toujours en elles le risque du nivellement vers le bas ;
  • Les adaptations au bénéfice des un·es ne dégradent pas les conditions de travail des autres ;
  • Nous sommes un tout, et une lingère dans un lycée a en réalité tout intérêt à ce que le ou la collègue qui s’occupe du renouvellement du marché d’achat de machines à laver travaille chez lui ou elle dans de meilleures conditions qu’au bureau, s’il ou elle a la chance de ne pas vivre dans une bouilloire thermique.

Nous ne parlons pas ici des travaux à réaliser pour améliorer le confort thermique des bâtiments des sièges, déjà abordés dans notre contribution sur les aménagements des locaux à lire ici.

Une adaptation indispensable

Précédemment, ces vagues de chaleur survenaient essentiellement l’été. L’impact sur le travail était bien moindre, d’une part parce que bien sûr beaucoup de collègues étaient en congés mais aussi parce que l’effet de la chaleur est plus fort quand les jours sont plus longs en mai-juin qu’en août.

Ces épisodes de chaleur en dehors des grandes vacances sont appelés à se multiplier et nous considérons qu’il est indispensable que la Région s‘empare du sujet avec un objectif de limitation effective des impacts sur les agent·es et donc sur le service public.

Nous attendons un dispositif global et structurer pour intégrer pleinement cette nouvelle donnée à l’organisation collective du travail.

La simple application du décret ne suffit pas

En 2025, la Région a traduit dans ses règles internes le Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés aux épisodes de chaleur intense et c’est déjà un premier pas. Les mesures à prendre publiées à chaque épisode de chaleur sur l’intranet découlent de l’application de ce décret.

Cependant, cette simple transposition ne suffit à notre avis pas à répondre de manière satisfaisante à la problématique.

D’une part, parce que le déclenchement des niveaux d’adaptation est calé sur les couleurs de vigilance de Météo France. Cela pose deux difficultés :

  • les seuils ne se déclenchent pas de la même façon dans tous les départements de Nouvelle-Aquitaine, avec par exemple 2 degrés de différence entre le seuil d’alerte dans les Pyrénées-Atlantiques ou la Creuse (34°) et en Lot-et-Garonne ou en Charente (36°).
  • un seuil à l’échelle départementale ne dit pas grand-chose de la température qui règne dans tel ou tel lieu de travail. Les ilots de chaleur dans une grande ville peuvent ajouter 4 ou 5 degrés très localement. Et bien sûr, les conditions de travail ne seront pas les mêmes dans un bâtiment en pierre très peu vitré que dans un bâtiment des années 70 hyper vitré et mal isolé.

D’autre part, parce ce que le décret prévoit des mesures d’adaptation ponctuelles tout à fait utiles, mais qui ne conduisent pas partout à la mise en place d’une organisation globale et structurée qui permette de protéger à la fois les agent·es et la continuité du service public. Cela pourrait bien sûr être intégré aux Plan de continuité de l’activité dont nous réclamons l’élaboration dans nos préconisations sur les locaux de travail des sièges.

Rappel des préconisations de l’INRS

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) indique qu’il n’existe pas de température réglementée mais que « Les valeurs de 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail nécessitant une activité physique peuvent être utilisées comme repères pour agir en prévention. »

Même si les températures doivent seulement constituer un repère parmi d’autres indicateurs (humidité, tenue de travail) pour évaluer les risques, cela nous semble permettre de disposer de différents seuils d’alerte, complémentaires des niveaux de vigilance, afin de limiter les risques au maximum.

Nos propositions pour l’ensemble des collègues

Les conditions de travail diffèrent considérablement selon l’affectation, mais certaines mesures nous paraissent pouvoir être partagées :

  • Une information plus directe : la surcharge informationnelle que nous subissons collectivement rend de plus en plus difficile de s’assurer qu’une information arrivée par mail ou sur l’intranet nous parvienne vraiment et soit intégrée. C’est un fait, nous n’y pouvons rien à court terme. En conséquence, les informations majeures doivent circuler aussi autrement, et notamment oralement, par le biais des lignes hiérarchiques et des réseaux de collègues.
  • Une information plus complète : nous connaissons bien le réflexe de la Région qui consiste à délimiter très strictement ce qui relève du domaine professionnel et le reste, qui n’existe pas. Si l’objectif n’est pas seulement de respecter la réglementation, mais à prévenir autant que possible les conséquences délétères de la chaleur sur notre santé, il faut aller plus loin. Par exemple, beaucoup de médicaments favorisent la déshydratation. C’est une réalité peu connue, alors que des médicaments très courants comme l’ibuprofène, l’amoxicilline, certains anti-dépresseurs et les médicaments contre la tension sont concernés.
  • Une mobilisation adaptée : le temps accordé aujourd’hui aux assistant·es de prévention ne leur permet généralement pas, dans les périodes de crise, de se mobiliser pleinement pour assurer leurs missions spécifiques, alors mêmes qu’elles et ils pourraient apporter leur expertise sur la prévention, au sein d’équipes et de locaux qu’ils et elles connaissent bien. De même, les encadrant·es devraient pouvoir s’exonérer de certaines missions pour occuper pleinement leur rôle auprès de leur équipe.
  • Une détermination rationnelle et claire de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas.

Exemples :

Essentiel

Non essentiel

Fournir des repas savoureux et nutritifs aux lycéen·es Participer à une réunion – en visio ou présentiel – depuis un espace à plus de 30°
Prendre des nouvelles de ses collègues Tondre l’herbe
Saisir les délibérations dans les temps Nettoyer les vitres
Dépanner les installations électriques Porter un pantalon (hors enjeux de sécurité)
Nettoyer les sanitaires Préparer un buffet pour une réception organisée après une réunion dans un lycée
Répondre aux usager·es et aux collègues Peindre une façade
Participer à une réunion avec des élu·es et/ou des partenaires Sortir les tables en surplus des salles d’examen
Ouvrir les fenêtres la nuit et le matin dans la mesure du possible Travailler en présentiel pour les équipes mobiles informatiques les mercredis, et tout les mois de juin et de septembre.
Lancer un marché pour renouveler un contrat d’assurance Repasser l’ensemble du linge

Etc…

Nos propositions pour les agent·es des lycées et des CREPS

Nous demandons qu’une organisation adaptée soit mise en place quand la température du lieu de travail dépasse les seuils préconisés par l’INRS soit : 28°pour les travaux physiques.

Chaque établissement a ses propres spécificités, nous ne pouvons pas énoncer ici de mesures générales. En revanche, nous demandons à la Région de travailler avec nos collègues concerné·es, les assistant·es de prévention et les directions d’établissements pour qu’un Plan de continuité de l’activité soit élaboré en complément du Document unique, et qu’il intègre les adaptations aux fortes chaleurs. Pour que ces plans soient vraiment significatifs, il faut ouvrir le champ des possibles à la fois en listant de nombreuses mesures concrètes possibles pour éclairer la discussion, en définissant les attentes de la Région et en assouplissant certaines règles. Nous énonçons ci-dessous quelques idées issues de nos discussions avec les agent·es, mais bien sûr la liste n’est pas exhaustive.

  • Horaires
    • Proposer aux agent·es de passer en horaires du matin.
    • Proposer d’avancer l’heure d’embauche du matin.
    • Autoriser la mise en place de la « journée intensive » pratiquée par les Espagnol·es : travail le matin sans pause méridienne, avec la simple pause réglementaire de 20 minutes au bout de 6 heures de travail.
    • Prévoir des « pauses fraîcheur » obligatoires pour toutes les activités extérieures et les activités se déroulant dans un espace particulièrement chaud (plonge, espaces très vitrés…).
    • Reporter certaines activités non urgentes au matin : plonge des internes, nettoyage du réfectoire après le dîner…
  • Cycles de travail
    • Garder sur site les seuls effectifs strictement nécessaires pour assurer la continuité du service jusqu’à la fin des cours, ou au repas du soir en cas de présence d’un internat. Ces horaires du soir seraient réalisés par roulement ou en s’appuyant sur les collègues qui ne pourraient pas passer du matin (contraintes familiales etc).
    • Mettre en place des astreintes, par exemple pour les agent·es de maintenance, qui pourraient ainsi travailler du matin tout en répondant aux urgences.
    • Intégrer dans les plannings annuels le fait qu’il existera nécessairement quelques journées dans l’année qui seront perturbées par les conditions météorologiques, que ce soit la neige ou la canicule. Cela permettrait de raccourcir ces journées, ou de les supprimer quand la circulation est trop dangereuse, sans pour autant retarder le départ en congés des agent·es après les permanences. En cas de tempérance climatique tout au long de l’année scolaire, les collègues pourraient toujours récupérer du temps sur les permanences.
  • Nature des activités
    • Définir précisément les « nécessités de service » et les « activités non essentielles ». Nous savons tous et toutes que la taille de l’herbe est essentielle pour un certain nombre de directions d’établissement, alors même que c’est une activité qui expose évidemment particulièrement à la chaleur, et que les mêmes directions d’établissement n’approuveraient pas forcément un passage de la tondeuse très matinal à proximité des logements de fonction…
    • Prévoir des menus adaptés avec moins de cuisson par exemple, mais aussi nécessitant moins de monde pour le service du soir.
    • Arrêter toutes les activités en extérieur qui ne répondent pas à des enjeux de sécurité.
  • Adaptation des locaux
    • Intégrer systématiquement les nouvelles données climatiques dans les rénovations pour améliorer le confort thermique dans tous les espaces.
    • Mettre à disposition une pièce rafraîchie, par exemple la salle des agent·es, pour que les collègues puissent trouver un peu de répit pendant leurs pauses et faire baisser leur propre température.

Nos propositions pour les agent·es des sièges, des antennes et des équipes mutualisées

Nous demandons qu’une organisation adaptée soit mise en place quand la température du lieu de travail dépasse les seuils préconisés par l’INRS soit : 28° pour les activités sédentaires et 30° pour les travaux physiques.

La nature télétravaillable de nombreuses activités des agent·es concerné·es rend l’adaptation plus simple que dans les lycées, mais il nous semble qu’il serait possible d’améliorer le dispositif :

  • Ouvrir la possibilité de télétravail dérogatoire pour toute personne dont les missions sont télétravaillables, dès lors que certains locaux de travail dépassent les températures préconisées. Evidemment, « ouvrir la possibilité » ne signifie pas « obliger les collègues à rester à domicile, même dans une bouilloire thermique ».
  • Mettre en place un rafraîchissement significatif et effectif dans les locaux de travail des collègues qui ne peuvent ni télétravailler ni se déplacer dans une salle dédiée (reprographie, courrier, régie…). Il convient pour une partie d’entre eux et elles de la chaleur produite pas les machines.
  • Proposer la « journée intensive » pratiquée en Espagne : une journée qui commence tôt, par exemple 7h comme la Région le permet déjà à partir du stade de la vigilance orange, mais sans pause méridienne. Il conviendrait évidemment dans ce cas d’organiser le respect de la pause journalière de 20 minutes comprise dans le temps de travail, qui est prévue par la loi. Cela permettrait aux collègues à 39h10 qui auraient commencé à 7h de finir leur journée de travail à 14h50. Pour mémoire, en période de canicule, les températures atteignent leur maximum entre 16het 18h.
  • Organiser le travail sur l’année en admettant que les vagues de chaleur peuvent donner lieu à quelques journées plus courtes sur l’année, qui pourraient être compensées par des heures réalisées au-delà des obligations à d’autres moments. [Accessoirement nous pourrions du même coup en finir avec l’illusion que mai serait un mois comme les autres pendant lequel nous pouvons produire le même volume de travail avec jusqu’à 3 semaines de 4 jours et 1 de 3].

Quelles que soient les règles : les appliquer !

Les protocoles sont importants mais ils n’ont de sens que s’ils sont appliqués.

Le protocole actuel prévoit ceci, en cas de déclenchement de la vigilance orange : « Analyse des postes de travail quotidien (binôme encadrant/AP), mesure de la température au poste de travail et dans les locaux. ».

A ce jour, nous n’avons pas trouvé de collègues qui auraient été témoins d’une mesure de température organisée les 27 et 28 mai à Bordeaux, au siège ou dans les lycées, alors que la vigilance était au niveau orange.

Pour pivoter de la réaction réglementaire à une véritable adaptation, il est indispensable d’embarquer tout le monde, chacun·e à son niveau de responsabilité. Les règles doivent donc :

  • être connues avant,
  • être orientées vers les nécessités essentielles du travail,
  • portées par l’ensemble de l’institution
  • et appliquées à tous et toutes.

Pour nous, représentant·es du personnel, qui sommes chaque jour en contact avec nos collègues impliqué·es dans leur travail et préoccupé·es par la meilleure façon d’exercer leurs missions, ces mesures d’assouplissement des horaires et des modalités de travail peuvent être adoptées en toute confiance. Il pourra toujours exister des dérives et des abus, chacun·e prendra ses responsabilités dans ce cas, mais cette potentialité ne peut en aucun cas justifier à une moindre prévention des risques.

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